Un sondage réalisé par Abacus Data révèle que 44% des 1500 Canadiens interrogés se disent favorables à l’idée de rejoindre l’Union européenne. Une idée un peu saugrenue au premier abord, pourtant défendue par l’hebdomadaire britannique The Economist.
La présidente de la Commission européenne, Paula Pinho, a pris avec humour les résultats d’un sondage qui n’est pas nécessairement représentatif, tout en assurant que les Etats membres étaient Penn étaient « flattés ». Certains envisagent néanmoins sérieusement l’idée que le Canada puisse rejoindre le club des 27.
Que disent les textes ?
Le traité de l’UE a ainsi refait surface dans les discussions cette semaine. Son article 49 précise que « tout Etat européen » qui respecte les principes de « dignité humaine », de « liberté » et de « démocratie » peut théoriquement adhérer à l’UE. Certes, le Canada est un pays démocratique et respectueux des droits. La qualification d’Etat « européen » pose des problèmes plus complexes, d’autant plus qu’un précédent a déjà eu lieu. En 1987, l’UE avait rejeté la candidature du Maroc, au motif qu’il ne s’agissait pas d’un Etat géographiquement européen.
Bien que la question géographique puisse éventuellement être évacuée si tous les Etats se mettaient d’accord – l’Australie participe à l’Eurovision et la Turquie fait partie de l’OTAN – restent encore des difficultés d’ordre économique et écologique. En effet, l’Union européenne est un espace commun fondé sur la libre circulation des biens et des personnes. Une intensification soudaine et brutale des échanges transatlantiques y serait difficile à gérer. D’autant plus que le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement ou Accord économique et commercial global en français) – l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada – avait déjà suscité de vives oppositions, notamment en France.
Une idée qui souligne l’« attractivité de l’Union européenne » selon Paula Pinho
Difficilement envisageable en l’état actuel, l’idée d’une candidature du Canada pour adhérer à l’UE n’est donc pas à l’ordre du jour. Le timing de cette question est en revanche loin d’être anodin, et souligne des dynamiques intéressantes dans les relations internationales.
Ainsi, Paula Pinho se félicite de l’« attractivité de l’Union européenne » mise en avant par le sondage d’Abacus Data, qui apparaît comme un modèle de stabilité. Une qualité jusqu’ici incarnée par l’OTAN, créée en 1949 pour faire face à l’URSS et à la guerre froide. Mais aujourd’hui, l’alliance des pays l’Atlantique Nord est fragilisée par les déclarations erratiques du président Donald Trump, qui n’a pas caché son ambition de faire du Canada le « 51e Etat » des États-Unis, au point que le secrétaire d’Etat Marco Rubio ait dû clarifier les choses lors d’une réunion du G7 au Québec.
Dans ce contexte plus ou moins incertain, l’Union européenne apparaît donc de plus en plus comme un acteur stable et offrant un refuge potentiel face aux changements géopolitiques brutaux imposés par Donald Trump.